Le "petit Camox f140 : bon sang ne saurait mentir?



RECIDIVISTE

Dix huit mois et 64 Camox F175 plus tard, à un âge où beaucoup d'autres coulent des jours paisibles, et mortellement ennuyeux, assis sur un pliant la ligne à la main, Gérard Pialleport récidive et lance, toujours dans le créneau du débusquage, le Camox F140, une réplique réduite du F175. Enfin, réduite oui, mais de peu de dimensions, un peu plus en poids et en puissance moteur.

Comparé à d'autres skiddeurs d'origines étrangères, le Camox F175 entrait déjà dans la catégorie des "petites" machines, Pialleport ayant voulu répondre expliquait-il à l'époque, aux besoins et aux conditions de travail des forestiers français en forêts françaises, avec une machine simple, robuste, compétitive, performante, faisant appel à des composants répandus et réputés pour faciliter la maintenance et d'éventuelles réparations. A la sortie du F175, son constructeur espérait pouvoir atteindre un rythme de deux machines par mois. Les caractéristiques intrinsèques du Camox et, il faut bien le dire, les 140 millions de m3 abattus par la tempête de décembre 99, ont doublé les prévisions et ont conduits Pialleport à construire un atelier de 500 m2 uniquement consacré à la fabrication du débusqueur. Autre facteur de l'engouement des forestiers français pour cette machine, conçue et mise en fabrication en moins d'un an, c'est qu'elle ne connut que peu de déboires à ses débuts, les défauts étant immédiatement corrigés par la firme de Saint-Siméon-de-Bressieux. Dont le plus important, une faiblesse de demi châssis AR au niveau des fixations des vérins de direction. Une plaque de renfort en Weldox, soudée aux deux endroits fortement sollicités, a vite réglé le problème.


LA TAILLE EN DESSOUS

Au fil des mois et des ventes du débusqueur, Gérard Pialleport enregistrait des demandes pour un matériel identique, de performances équivalentes, mais d'un enconbrement plus réduits, ou de conditions d'accès aux coupes, particuliers à certaines régions ou pays.

Le F175 sur les rails du succès, l'atelier agrandi de 500 m², le fils Eric (enfin) entré à la direction de l'entreprise, Gérard Pialleport pouvait se pencher sur la petite machine qu'on lui réclamait et pourquoi faire dans la dentelle, quand il y a déjà un truc qui marche? Le nouveau Camox se sera aussi son nom qui signifie chamois en latin, aura la même architecture et un maximum de composants communs avec le F175 (cabines, vérins, bouclier, tablier, roues, etc...) et comportera les améliorations qui auront été apportées au F175 au cours de ses 18 mois de construction. En fait, sur la machine finiE, seules les modifications de dimensions sont visibles. Sur le cahier des charges, entre la mise en chantier au bureau d'étude et la sortie du premier exemplaire du nouveau Camox F140, quelques mois se seront écoulés. Un record, uniquement réalisable grâce à la flexibilité d'une petite entreprise. L'innovation majeure, sur le nouveau né, sera l'utilisation d'un acier spécial, le Weldox, pour la réalisation du châssis : beaucoup plus léger et résistant qu'un acier classique, ce qui permettra de diminuer l'épaisseur des tôles, mais aussi plus cher. Ecart de prix qui sera un peu compensé par la diminution de la matière première utilisée. A la sortie, le nouveau Camox F140, mesurera 5.68 m de long, 2.42 m de large, 2.85 m de haut et pèsera 9.800 kg. A comparer aux 5.85 m de long, 2.60 m de large et aux 11.360 kg de son ainé. Le moteur est un six cylindres Cummins de 5.9 litres de cylindrée, développant 135 ch à 2 500 tr/mn. La transmission s'effectue par l'intermédiaire d'une boîte Powershift ZF à 5 vitesses AV et 3 AR avec convertisseur de couple, automatique en option, différentiel, ponts AV et AR proportionnels, mais le chauffeur a quand même un système de blocage manuel à sa disposition.

L'articulation de direction à 45° se fait par un volant quart de tour, et la suspension met en oeuvre un pont AV à balancier à plus ou moins 15° de débattement. Le Camox F140 est équipé d'origine en pneus 520X30 (ou des 23.1 x 26 en option qui porteront la largeur de la machine à 2.50 m), avec un tablier hydraulique avec une fenêtre à diabolos pour la passage et le guidage des câbles du double treuil à commandes électro-hydrauliques CMC de 14 tonnes. La cabine, le poste de conduite (sans gadgets), la carrosserie, la présentation en rouge et noir, et l'aspect extérieur des deux machines, sont quasiment identiques, au point que l'on ne peut vraiment les différencier que lorsqu'elles sont côte à côte. Inutile de dire que les similitudes techniques entre les deux machines vont quelque peu simplifier les opérations d'entretien et de réparations, avec une répercussion certaine sur les coûts de pièces et de main-d'oeuvre, ce qui n'est pas négligeable dans une prise d'achat.

Tous les éléments non mécaniques de F140 (châsis, cabine, tabliers) sont réalisés par des sous-traitants locaux, les mêmes que pour le F175. Assemblage et montage finaux sont bien entendu du ressort de l'atelier Pialleport, à Saint-Siméon, qui a la capacité d'en fabriquer 10 à 15 unités par an.


VENDU EN SUISSE

La peinture à peine sèche, le premier Camox F140 était exposé à la Foire de Lucerne, en Suisse an août 2001, chaussé en Michelin Forexbib. Il y était vendu à Wicky Harry, entrepreneur suisse à Littau, qui estimait ses dimensions et ses caractéristiques de performances tout à fait adaptées au travail dans les forêts helvétiques. Belle preuve de confiance de la part de cet entrepreneur à l'égard de la marque iséroise, qu'il découvrait, que d'acheter le premier Camox F140 construit.

Pendant que le Cmaox F175 poursuit sa carrière (mi janvier, le 70ème exemplaire était en assemblage), le F140 débute la sienne avec 141 777.59 Euros (environ 930 000 francs, selon l'équipement), et depuis notre passage à St Siméon, fin 2001, trois autres entrepreneurs ont fait comme Wicky Haary, ils ont acquis un exemplaire du petit dernier.

Bon sang ne saurait mentir?



Article paru sur le Bois nationnal Janvier 2002